• Un cantique pour Leibowitz - Walter M. Miller Jr.

    Un cantique pour Leibowitz - Walter M. Miller Jr.

     

    Dans le désert de l'Utah, parmi les vestiges d'une civilisation disparue, frère Francis de l'ordre albertien de Leibowitz a fait une miraculeuse découverte : d'inestimables reliques du martyr Isaac Leibowitz lui-même, qui jadis avait organisé la sauvegarde des dernières miettes du savoir balayé par le Grand Déluge de Flammes.

    C'est une lueur d'espoir en cet âge de ténèbres et d'ignorance, le signe tant attendu d'une nouvelle Renaissance. Mais l'humanité a-t-elle tiré les leçons d'un cataclysme qui l'a laissée exsangue, défigurée par le feu nucléaire ? Saura-t-elle enfin se préserver des apprentis sorciers ? Car l'Histoire, bientôt, menace de se répéter...

    L'histoire de ce livre m'intriguait depuis longtemps, mais j'hésitais à m'y aventurer par crainte que le propos ne soit pas à la hauteur de ce que j'attendais d'une telle thématique.

    Le livre est divisé en trois parties, situées à trois époques différentes : la première commence 600 ans après la destruction de l'ancien monde par le feu (en réalité une guerre nucléaire totale), dans un monde pauvre, violent obscurantiste, et où même les moines de l'ordre albertien de Leibowitz, qui ont pour mission de préserver les écrits des temps passés, sont touchés par cet obscurantisme, faisant passer la religion et la soumission à l'autorité de l'abbé avant toute chose ; la deuxième se déroule 600 ans plus tard alors que l'humanité a commencé à redécouvrir la science, et que la géopolitique du continent nord-américain se complexifie fortement, ce qui laisse planer le risque d'une utilisation dévoyée de la science par les gouvernants ; la troisième partie est dans la suite logique, avec une science bien plus développée, des relations diplomatiques toujours plus complexes, et la question de savoir si l'homme est capable d'apprendre de son passé et de ses erreurs.

    L'ambiance du livre est emprunte de religiosité, car les trois parties se déroulent toutes dans l'enceinte du monastère de l'ordre albertien de Leibowitz, et car les noms des trois parties sont des extraits de la Genèse (« Fiat homo » Que l'homme soit, « Fiat lux » Que la lumière soit, « Fiat voluntas tua » Que ta volonté soit faite) qui évoque l'évolution de l'homme et la reconstruction de sa civilisation après la guerre nucléaire. On est vraiment face à une notion de chute, de péché, mais aussi de rédemption, et j'ai trouvé dans les relations entre religion et science un parallèle flagrant avec le Moyen Âge occidental, la conservation du savoir antique dans les monastères, la reconquête de la connaissance par les habitants des villes et la crispation des monastères face à cette nouvelle réalité. De même, le questionnement des rapports entre la science et le pouvoir est dans la continuité de notre propre évolution historique.

    La question de l'histoire est centrale dans le livre, et liée inextricablement à celle de la connaissance, car la capacité de l'homme à apprendre du passé pour éviter de refaire les mêmes erreurs parcoure tout le roman, particulièrement la dernière partie. La réponse qu'apporte Miller Jr. n'est pas très optimiste, mais je pense qu'elle est plus liée à la société mise en place, qui copie fortement la société occidentale qu'au destin inéluctable de l'humanité. C'est donc à mon avis plus une critique de notre société, d'autant plus que le livre a été écrit en 1959, c'est-à-dire pendant la Guerre froide, avis renforcé par le fait que le monde est détruit par une guerre nucléaire totale.

    Au final, je suis ravie de m'être enfin lancée dans cette lecture qui a été à la hauteur de mes attentes, et que je recommande chaudement.

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