• La trilogie de Gormenghast, tome 1: Titus d'Enfer - Mervyn Peake

    Gormenghast, tome 1: Titus d'Enfer - Mervyn Peake

     

    Au château de Gormenghast règne une famille farfelue : les d'Enfer. Lord Tombal lit toute la journée. Son épouse Gertrude ne vit que pour ses chats et ses oiseaux. Leur fille Fuschia est d'une nature sauvage et rêveuse. Autour d'eux s'agite une société hétéroclite dont le quotidien est figé dans l'exécution de rites ancestraux. La naissance d'un fils, Titus, va rompre la monotonie du château.

    Merci Arte pour m'avoir fait découvrir l'histoire de Gormenghast en diffusant un soir une mini-série en quatre épisodes de la BBC, avec Christopher Lee en Craclosse et Jonathan Rhys Meyers en Finelame. L'histoire, les décors, les personnages, le grotesque de tout ça, mais aussi sa poésie et sa violence m'avait marquée, mais j'avais eu du mal à trouver enfin le premier tome de la trilogie en librairie (la mini-série traite seulement des deux premiers tomes, le troisième étant un peu à part). Mais maintenant c'est fait, c'est lu, c'est beaucoup aimé, et il me faut le deuxième tome au plus vite.

    Le récit est un plaisir pour le lecteur qui apprécie les descriptions et l'atmosphère des histoires. En effet, il est impossible de passer à côté de cet aspect du roman : Mervyn Peake rythme son roman par de nombreuses descriptions qui s'intercalent dans l'action (au final assez réduite) et créent réellement l'atmosphère éthérée et étrange de Gormenghast, plus encore que les personnages étranges et leurs réactions incongrues. Tout au long du roman, je n'ai jamais été lassée par les descriptions, pourtant parfois longues, et elles m'ont permis de me plonger vraiment dans ce monde insolite, inattendu, aux personnages déconcertants. En plus de ça, les images invoquées par Peake sont toujours originales, je n'ai pratiquement jamais réussi à savoir de quelle façon il allait terminer ses expressions, à tel point que j'avais parfois du mal à visualiser les paroles de l'auteur. Tout ça donne presque un aspect contemplatif au roman.

    Cette impression est renforcée par le fait que l'auteur s'attarde énormément sur la psychologie de ses personnages, on passe beaucoup de temps dans leur tête, à suivre le cheminement de leurs pensées, même alors qu'on est dans l'action (je pense notamment à l'évasion de Finelame). Ça permet de vraiment bien connaître les personnages, et l'atmosphère dans laquelle naît et se déroule la première année de vie de Titus. En plus de ça, les personnages sont vraiment bien individualisés, notamment grâce à leur façon de parler qui est unique pour chacun d'eux ; le seul qui ne rentre pas dans ce cadre bien identifié est Finelame, le garçon de cuisine qui veut vivre autre chose et qui adapte son discours, voire même sa personnalité, en fonction de la personne à qui il s'adresse et ce qu'il espère en tirer.

    À vrai dire, il ne se passe pas grand chose durant ce premier tome, malgré des évènements dramatiques (l'incendie de la bibliothèque, le combat entre Craclosse et Lenflure), et on suit avant tout le quotidien des personnages, leur trajectoire individuelle, leurs problèmes personnels. Ça donne une impression d'éparpillement, et il est difficile de savoir où tout ça va nous mener. Le truc, c'est qu'ayant vu la mini-série avant de commencer ma lecture, je sais déjà plus ou moins ce qui se passe, et je sais déjà comment tout ça va tourner, donc je n'étais pas forcément perdue au milieu de ce récit qui ne semble pas avoir de but très clair. Celui commence malgré tout à se dessiner vers la moitié du roman, mais là encore il est noyé dans la masse des personnages et des histoires individuelles.

    Dernier point qui participe à troubler le déroulement de l'action, c'est la chronologie du récit. Celle-ci est assez aléatoire, l'auteur passe d'un personnage à l'autre, revenant dans le passé sans l'indiquer, ou mélangeant les durées (un chapitre peut raconter des mois de la vie d'un personnage, tandis qu'en parallèle on est au jour le jour pour un autre, et les périodes ne correspondent pas). Cette volonté de brouiller les repères temporels renforce l'aspect intemporel de la vie à Gormenghast et l'emprise du rituel sur la vie de ses habitants.

    Même si je trouve le livre très beau, grâce à la poésie et l'inventivité de Mervyn Peake, je n'aimerais clairement pas vivre à Gormenghast, avec son rituel immuable qui dirige toute la vie du Comte, et par ricochet celle de ses proches, sans parler de la domesticité, qui dans ce château comme dans tous les autres, n'existe que pour remplir des tâches bien précise et assurer le quotidien de façon mécanique. Cette emprise du rituel engendre une grande solitude pour tous les membres de la famille comtale, qui se réfugient chacun dans leurs passions personnelles, qui les livres, qui les chats, qui les rêves. Elle a aussi pour caractéristique de tuer la jeunesse, sa spontanéité, sa révolte, et c'est bien la raison pour laquelle la naissance de Titus et l'irruption de Finelame (il 'a que dix-sept ans) dans la vie quotidienne du château perturbent tant la mécanique bien huilée du rituel et la passivité résignée de ses habitants.

    Après avoir fini ma lecture, j'ai revisionné de suite les deux premiers épisodes de la mini-série, qui reprennent les évènement de ce tome, et c'est vraiment un plaisir de voir transposer ainsi l'histoire. L'adaptation est très fidèle (à part quelques points mineurs qui ne modifient pas grand chose, mais c'est inévitable, et très bien maîtrisé), les costumes et les décors sont à la mesure de la démesure et de l'inventivité de Mervyn Peake, et les acteurs jouent tous parfaitement leur rôle. C'est vraiment un plaisir de regarder, et un très bon complément à cette lecture. Et j'ai déjà entamé le deuxième tome, après quoi je verrai les deux derniers épisodes, histoire de boucler la boucle.

    La trilogie de Gormenghast, tome 1: Titus d'Enfer - Mervyn Peake

     

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