• La fille automate - Paolo Bacigalupi

    La fille automate - Paolo Bacigalupi

     

    Dans un futur prochain où le tarissement des énergies fossiles a radicalement modifié la géopolitique mondiale, la maîtrise de la bio-ingénierie est devenue le nerf d'une guerre industrielle sans merci. Anderson Lake travaille à Bankgok pour le compte d'un géant américain de l'agroalimentaire. Il arpente les marchés à la recherche de souches locales au cœur de bien des enjeux. Son chemin croise celui d'Emiko, la fille automate, une créature étrange et belle, créée de toutes pièces pour satisfaire les caprices décadents des puissants qui la possèdent, mais désormais sans plus d'attaches.

    J'avais remarqué ce livre lors de sa sortie en poche (enfin, j'avais surtout vu qu'il avait reçu les prix Hugo, Nebula et Locus), et je m'étais empressée de l'acheter. Je l'avais commencé rapidement, et même si j'aimais beaucoup, je l'ai abandonné en cours de route. Le challenge ABC de l'imaginaire a été l'occasion de le ressortir.

    Le cadre dans lequel se déroule l'histoire est assez complexe, mais les données distillées tout au long du roman permettent de s'y retrouver : nous sommes à Bangkok, à la fin du XXII° siècle, et, après l'Expansion (qu'on peut voir comme l'époque industrielle, notamment l'ère du pétrole), le monde a connu la Contraction, période violente et destructrice dont il commence à se remettre. Mais en plus de ces problèmes énergétiques, les pays occidentaux ont lancé sur le monde des OGM (maladies, insectes, plantes, ...) qui ont détruit une grande partie des ressources agricoles et décimé les populations. Face à cette menace, il y a que les OGM, encore eux, qui parviennent à résister aux divers ravageurs et maladies, ce qui fait que le monde entier est la merci des grandes entreprises agroalimentaires qui contrôlent les semences. Sauf en Thaïlande, un pays qui a réussi à sauvegarder son patrimoine agricole, certainement grâce à une banque de semences, et qui de ce fait attise la convoitise des grandes multinationales.

    Dans cette situation complexe, nous suivons cinq personnages principaux et plus d'une dizaine de personnages secondaires. Malgré cette abondance, je ne me suis pas mélangée à un seul moment car ils sont tous bien différenciés, avec leur caractère, leurs objectifs, leur point de vue sur la situation. L'auteur ne cherche d'ailleurs pas à nous rendre tous les personnages sympathiques, mais à les présenter tels qu'ils sont (et c'est très bien fait, car j'ai eu à la lecture des réactions assez contradictoires concernant Anderson, l'employé d'une entreprise agroalimentaire, connard avide de fric et nostalgique d'un monde où l'on ne meurt pas de faim, mais ce n'est pas le seul qui est aussi ambivalent). Dès le départ on voit qu'ils sont liés, de façon plus ou moins lâche, et qu'ils ont tous un rapport avec les OGM et l'indépendance alimentaire de la Thaïlande, mais il est plus difficile de déterminer l'intrigue elle-même, de savoir où Bacigalupi veut nous mener.

    Cela, allié à la complexité de la géopolitique et au peu d'explications données clairement peut décourager le lecteur, mais c'est quelque chose que j'aime beaucoup en SF, car l'auteur s'en remet à l'intelligence de son lecteur, ne lui mâche pas le travail. Dans le même ordre d'idée, Bacigalupi ne fait pas de grandes leçons de morale, mais agit de manière plus douce, plus souterraine, pour mettre en garde contre le brevetage du vivant et la puissance des industries agroalimentaires, mais aussi pour évoquer les risques possibles de l'après-pétrole.

    En plus de ça, j'ai beaucoup aimé le fait que Bacigalupi situe son histoire à Bangkok, car c'est un territoire pratiquement jamais abordé dans les littératures de l'imaginaire occidentales. Il fait montre d'une grande maîtrise de la culture thaï, de ses codes, mais aussi des cultures asiatiques plus largement puisqu'il évoque également la Chine, le Japon et la Malaisie.

    Au final, voilà un roman magnifique, qui mérite bien les prix qu'il a reçus, et que je suis ravie d'avoir enfin terminé.

     

    La fille automate - Paolo Bacigalupi

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  • Commentaires

    1
    Lundi 19 Janvier 2015 à 13:43

    Je l'ai lu l'année dernière et je me rappelle qu'au début j'avais eu beaucoup de mal a comprendre l'univers complexe et contrairement à toi je n'aime pas tellement la géopolitique mais je me suis accrochée parce que j'aimais beaucoup les idées de l'auteur et une fois toutes les infos assimilées j'ai beaucoup aimé!

    2
    Lundi 19 Janvier 2015 à 15:53

    Je me doute que ce n'est pas la tasse de thé de tout le monde, mais je suis contente qu'au final il t'ait plu :)

    3
    Vendredi 27 Février 2015 à 17:01

    Je suis complètement d'accord avec ta chronique (que je partage d'ailleurs avec plaisir sur la mienne wink2) et retrouve bien ce que j'ai éprouvé pendant ma lecture ! C'est vrai que Bangkok est trop rarement le lieu de récits de ce genre, et l'atmosphère qui se dégage de celui-ci est très réussie ^^ Merci smile

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