• Danse macabre - Jesse Bullington

    Danse macabre - Jesse Bullington

     

    Alors que les bûchers de l'Inquisition embrasent l'Europe, une jeune esclave africaine, Awa, se voit forcée de devenir l'apprentie d'un nécromancien. Après que celui-ci l'a affligée d'une effroyable malédiction, elle découvre que son salut réside, peut-être, dans un grimoire que son professeur à caché quelque part au cœur de ce continent en proie à la guerre et à la superstition.

    Au cours de sa quête, elle rencontrera le peintre Niklaus Manuel Deutsch, un alchimiste nommé Paracesle et une mercenaire néerlandaise amatrice d'armes à feu, sans se douter que le destin de ces trois étrangers est inextricablement lié au sien.

    Et tandis que Manuel décore toiles et murs d'église des scènes de sa macabre aventure, Awa comprendra peu à peu que la mort est le cadet de ses soucis...

    Mon intérêt pour ce bouquin (ainsi que pour l'autre ouvrage de son auteur La triste histoire des frères Grossbart) vient avant tout de la magnifique couverture, sombre à souhait, mais aussi de mon bon a priori pour les livres édités par Panini Books (L'armée des morts, ImmortelHarmonie ou Qui a peur de la mort ?). Et je suis encore une fois bien contente de mon choix.

    L'histoire se déroule entre 1500 et 1522, approximativement, plus une excursion vers 1529, principalement en Andalousie, en Lombardie et dans la Forêt noire, avec des incursions à Berne et à Paris. L'auteur ne donne pas de dates, mais comme a affaire à des personnages et des évènements historiques, on peut les déduire à partir de ces informations. Toutefois, le récit ne suit pas une ligne temporelle linéaire, les récits des différents personnages ne se déroulent pas au même moment et s'intercalent, ce qui induit une hésitation quant à la progression de l'action, mais c'est bien maîtrisé et ça a attisé ma curiosité plus qu'autre chose. En plus, l'introduction de personnages historiques (à part Boabdil et Ferdinand d'Aragon dans l'introduction, je ne connaissais que Paracelse) m'a poussée à faire quelques recherches au cours de ma lecture.

    Comme dans La triste histoire des frères Grosbart, l'élément déclencheur, la quête du personnage principal (ici Awa), n'est qu'accessoire, et je me suis arrêtée à plusieurs reprises dans ma lecture pour me rappeler ce qu'elle cherchait. Pourtant, ça ne m'a pas gênée parce que ce n'était pas ma motivation première. J'étais bien plus intéressée par les relations entre les personnages, leur évolution, leurs mésaventures annexes, et je les ai trouvés attachants, tout particulièrement Manuel avec ses « merde ! » à tout bout de champ et la relation très particulière qui entretient avec sa femme Katharine.

    Ce qui m'a marquée dans ce roman, c'est l'abondance de personnages féminins, ainsi que leur importance dans le récit. En plus d'Awa, il y a Omorose, une autre esclave prisonnière chez le nécromancien, Monique, la mercenaire néerlandaise qui arpente les champs de bataille italiens, Katharine, l'épouse de Manuel, et Chloé, la prostituée qui travaille dans le bordel de Monique et Awa à Paris. Elles sont apprenties, guerrières, esclaves, putes, guérisseuses ou mères, parfois en position d'infériorité par rapport aux hommes de leur entourage, mais elles ne sont jamais passives : elles agissent, elles cherchent des moyens de se sortir des situations difficiles dans lesquelles elles peuvent se retrouver, elles suivent leurs objectifs et ne renoncent pas. En plus de ça, elles ne sont pas définies par une seule caractéristiques, même Chloé qui est pourtant la moins développée et la plus sexualisée des cinq. Leur sexualité est un aspect très important, aussi bien pour approfondir les personnages et les relations qu'ils entretiennent (Awa et Omorose, Awa et Monique, Awa et Chloé, Chloé et l'Anglais, Omorose et l'inquisiteur Kahlert, Katharine et Manuel) que pour créer l'action. De plus, il n'y a pas de jugement sur les sexualités des personnages, alors qu'il y a des lesbiennes, des bisexuelles, ou des relations libertines. Ça fait plaisir de lire ça, surtout sous la plume d'un mec, surtout que, en dehors du triangle Awa/Chloé/l'Anglais qui était parfois un peu bancal, toutes les situations m'ont semblé naturelles (mais c'est peut-être aussi parce que l'Anglais est le seul qui n'a pas la parole).

    Vu le sujet du roman, la mort est un thème très important, mais c'est plus large que la nécromancie puisqu'on traine sur les champs de bataille avec Manuel et Monique (Manuel en profitant pour dessiner les cadavres) ou dans les hôpitaux avec Paracelse. Mais l'aspect le plus mis en avant est bien le rapport à la mort et avec les morts, ceux qu'on envisage de rappeler et ceux qui ont déjà été rappelés : simples instruments dont on se fout, ou personnes dont on demande le consentement, l'aide, que l'on considère encore comme des individus à part entière, avec des sentiments, des envies et du pouvoir. Cela se voit le plus dans le combat final entre Awa et l'esprit de son ancien maître, mais également lorsque Manuel peint des cadavres rappelés par Awa.

    C'est un roman sympa, avec des passages assez glauques (surtout sur le cannibalisme « rituel »), mais au final plutôt peu nombreux ; ou alors je ne suis pas très sensible. Mais le plus agréable, c'était les personnages et leurs relations.

    Et pour finir, deux tableaux de Manuel évoqués dans le roman : le Jugement de Pâris, et La jeune fille et la Mort.

    Danse macabre - Jesse Bullington

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