• Bohème - Mathieu Gaborit

    Bohème - Mathieu Gaborit

     

    Après la révolution industrielle, l'Europe a été submergée par une substance étrange et dangereuse, l'écryme. Reliées par un fragile réseau de traverses d'acier, seules quelques cités gouvernées par l'aristocratie capitaliste émergent dans cette mer corrosive. Mais sous le joug de la Propagande, la révolte gronde...

    Quand un dirigeable porteur d'une précieuse cargaison clandestine s'échoue dans l'écryme, c'est Louise Kechelev, avocate-duelliste et fille de révolutionnaires praguois, qui est chargée de récupérer la cargaison. Dans la même zone, un régiment de hussards en mission de reconnaissance a été décimé par une mystérieuse crise de folie. Seul survivant, le commandant Léon Radurin doit fuir les foudres de la Propagande.

    Pour Louise et Léon, c'est le début d'un voyage sans retour aux confins des traverses, où se murmure le nom d'une cité perdue : Bohème.

    J'avais découvert ce livre par hasard en librairie, et la couverture m'avait de suite donné envie, une envie confirmé par la lecture de la quatrième de couverture.

    Le livre se présente en deux parties bien distinctes : la première concerne Léon et Louise et se déroule à Prague et dans sa proche région ; la deuxième est assez déstabilisante car on change totalement de personnages et de décors, l'action étant transportée à Moscou. Dans un premier temps, nous suivons Louise, avocate-duelliste, que ses parents, des révolutionnaires d'origine moscovites qui luttent contre la Propagande, envoient sur les traverses, chez un potentat local, pour récupérer la cargaison d'un dirigeable transportant des tracts et autre matériel révolutionnaires qui a connu une avarie. Elle est alors pour la première fois réellement confrontée à l'écryme, cette substance acide qui a recouvert le monde, à l'exception des villes protégées par leurs murailles, et au monde des traverses, ces rails de chemin de fer qui s'élèvent au-dessus de l'écryme entre les villes et qui abritent de nombreux habitants. Par la suite, le lecteur se retrouve plongé dans un Moscou au prise avec la révolution, la contre-révolution menée par la Propagande, et toutes les manœuvres menées d'un côté et de l'autre pour parvenir à la victoire. Les deux parties mettent du temps à se rejoindre, mais quand c'est enfin le cas, cela se combine bien. Quant à la fin, elle est très originale, même si je ne l'ai pas forcément trouvée totalement aboutie.

    J'ai trouvé le monde créé par Mathieu Gaborit vraiment très intéressant. Mélange d'uchronie et de steampunk, il prend place dans la continuité de la révolution industrielle, mais sa géographie diverge de la nôtre, et on ne retrouve que quelques grandes villes. L'organisation politique est également très différente, centrée avant tout sur ces grandes villes émergeant de l'écryme, tandis que les potentats des traverses sont dans l'orbite de l'une ou de l'autre ; l'instabilité géopolitique semble donc être de mise, ce qui explique aussi bien l'expédition de Léon sur l'écryme que l'implication de la famille de Louise. De même, l'organisation politique est dominée à Prague aussi bien qu'à Moscou par la Propagande, qui joue tour à tour le rôle de ministère de la culture et de l'information, des services de renseignements ou de la police secrète, avec option « gros bras » pour casser les opposants (et ce nom, « Propagande », m'a pas mal fait penser aux divers services dans V pour Vendetta, alors le Nez, la Main, etc.).

    Au-delà de la construction du monde, l'élément principal de ce roman est très clairement l'écryme. Elle es très présente dans le récit, y compris dans les scènes urbaines d'où elle est tenue à l'écart grâce aux murailles, car elle est le repoussoir absolu des citadins, aussi bien que l'élément central des habitants des traverses. De plus, dans la deuxième partie, elle prend de plus en plus d'importance et acquiert une existence propre très intéressante. La révélation sur son origine et son but est étonnante et donne envie d'en savoir plus.

    En fin de compte, c'est un roman que j'ai apprécié, avec de nombreuses bonnes idées, même si j'ai l'impression que toutes n'ont pas été utilisé correctement, que l'auteur n'est pas allé au bout des possibilités offertes par son monde. Mais, en même temps, j'aimerais bien un autre livre pour explorer toutes ces possibilités, d'autant que la fin du livre est ouverte et permet d'imaginer bien des choses.

    « Journal de bord - SeptembreLes amants étrangers - Philipp José Farmer »

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    Mercredi 10 Février 2016 à 11:55

    Un bon potentiel, c'est ce que je retiens de ta chronique en définitive ! Ce qui est déjà un sacré atout pour la suite, tu as raison yes

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :